Neurosciences et réseaux sociaux : pourquoi suis-je accro ?

“Comment je me suis gâché la vie en passant 5 heures par jour sur Instagram” : voici l’exemple d’un nombre florissant d’articles qui parlent de l’utilisation que nous faisons des réseaux sociaux. Témoignages d’utilisateurs ou d’influenceurs, tous pointent du doigt leur caractère addictif.

Si ces outils numériques ont pu être à l’initiative de mouvements positifs et conséquents comme le Printemps Arabe en 2010 ou #MeToo plus récemment, il en existe bel et bien des effets néfastes (anxiété, troubles du sommeil liés à l’écran, ou encore fake news et cyberharcèlement). Comme toute technologie, la façon dont l’humain s’en saisit peut offrir le pire comme le meilleur, et cela s’applique à Facebook, Instagram, LinkedIn, Twitter et les autres réseaux sociaux.

Et si, au lieu de totalement nous déconnecter comme le suggèrent certains articles, nous adoptions plutôt une utilisation plus réfléchie de ces outils ?

Une approche pédagogique qui nous semble essentielle en tant qu’agence spécialisée dans les réseaux sociaux, et que nous partageons avec Michel Abitteboul, expert en communication et en neurosciences cognitives. Nous avons d’ailleurs eu le plaisir de recevoir Michel dans notre dernier Live 636.

1.CONSTAT.png

Nous le savons, les réseaux sociaux font partie intégrante du quotidien des individus, qui se connectent très fréquemment sur Facebook, Instagram, Twitter, LinkedIn, Snapchat, Pinterest, YouTube et autres plateformes. Pour vous donner une idée plus précise, en 2018, les internautes français ont passé en moyenne 1h22 par jour sur les réseaux sociaux.

Une moyenne qui sous-entend bien entendu que certains de ces internautes s’y connectent seulement quelques minutes… et d’autres plusieurs heures d’affilées. D’ailleurs, des réseaux sociaux comme Youtube, ou encore Facebook et Instagram proposent des fonctionnalités vous permettant de contrôler combien de temps vous passez sur l’application.

L’utilisation des réseaux sociaux est aujourd’hui également intégrée dans le monde du travail, puisqu’ils constituent un outil de communication puissant pour parler à vos cibles (et ce n’est pas nous qui allons vous dire le contraire). Certains utilisateurs en font même leur métier : nous parlons bien des Community Managers, Social Media Managers… ou même des influenceurs.

L’article que nous mentionnions en début de page a d’ailleurs particulièrement attiré notre attention car il est le fruit d’une réflexion menée par Kashlee Kucheran, blogueuse voyage. Un commentaire #nofilter, sincère, sans pour autant être manichéen.

Que retenir de cet article ? Que la façon dont la blogueuse utilisait Instagram, principalement pour mettre en valeur ses voyages, a eu un impact sur sa vie personnelle (perception de soi) comme son activité professionnelle (modification de ses itinéraires de voyage). Mais aussi ce qu’elle explique ressentir en recevant une notification : un pic de dopamine, et enfin pour sa conclusion : “pour avancer, j'ai donc passé un contrat avec moi-même en ce qui concerne Instagram.” Tout autant de sujets que nous allons aborder dans la suite de notre article.

2.EXPLICATION.png

En matière de conséquences attribuées aux réseaux sociaux, le terme que l’on retrouve le plus est l’addiction. Certains articles comparent même ces outils avec la cocaïne… mais expliquent aussi en quoi ils s’en distinguent, ce qui est encore plus important.

Ofir Turel, pionnier des recherches sur les réseaux sociaux, rappelle que les addictions jouent sur notre système impulsif (être sur les réseaux sociaux procure du plaisir donc nous réitérons l’expérience), mais qu’ils n'abîment pas notre système d’inhibition. Celui-ci nous permet alors d’être en mesure de nous détacher des réseaux sociaux, contrairement aux substances toxiques qui endommagent ce système. Nous vous invitons à en découvrir plus dans ce très bon article qui vulgarise ces mécanismes.

La possibilité de se déshabituer des habitudes créées par les réseaux sociaux, c’est aussi la conclusion qu’ont tiré des chercheurs de l’Université de New York et de Stanford, qui ont suivi environ 3 000 internautes. Ces utilisateurs, qui ont décroché de Facebook pendant un mois, “ont déclaré au terme de l’expérience qu’ils comptaient faire un usage plus sobre du réseau social (source).

Il est alors essentiel de nuancer le terme d’addiction, puisque les études et les chercheurs ont montré qu’il était possible de se détacher des réseaux sociaux afin d’adopter une posture plus réfléchie.

Michel Abitteboul, que nous avons reçu dans notre dernier Live 636, est allé plus loin en nous expliquant que les réseaux sociaux répondent à 3 grandes familles de besoins du cerveau humain.

Le besoin de plaisir

Avez-vous déjà entendu parler du circuit de la récompense ? Pour vous l’expliquer simplement, il s’agit d’un mécanisme cérébral qui est activé par la dopamine, l’hormone du plaisir, et pas n’importe quel plaisir... puisqu’on parle bien de celui de la récompense.

Quel rapport avec les réseaux sociaux ? Les études en neurosciences ont montré que les récompenses obtenues sur Facebook, Instagram, Twitter, LinkedIn et les autres activaient ce fameux circuit, en produisant des “shots de dopamine” (expression de Ramsay Brown). Et ces récompenses, que sont-elles ? Rien d’autre que le like (ou mention “j’aime” si vous préférez la version française).

Comme Michel Abitteboul nous l’explique, on assiste dans un second temps à une boucle de rétroaction sociale : le like obtenu nous procure du plaisir, ce qui nous pousse à recommencer ce comportement… soit publier à nouveau pour recevoir de nouveaux likes.

Dans son article, la blogueuse Kashlee Kucheran dit elle-même : “j'étais accro et mon niveau de dopamine augmentait chaque fois que je recevais une nouvelle notification.” Les notifications répondant à un autre besoin fondamental.

Le besoin de sécurité

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous pouviez passer des minutes, voire des heures, à scroller votre écran (le faire défiler) ? C’est simple : pour répondre au besoin de sécurité, le cerveau a besoin pour toute action d’un début et d’une fin. Lorsque l’on fait défiler le fil d’actualités sur Facebook, Instagram, Twitter, LinkedIn, ce fil semble sans fin. Alors, votre cerveau vous incite à continuer pour trouver ce fameux aboutissement. Instagram a récemment développé une fonctionnalité qui fait d’ailleurs écho à cette observation, vous indiquant lorsque vous avez vu toutes les publications des dernières 48 heures.

Le besoin de sécurité explique également le phénomène appelé FOMO ou Fear Of Missing Out, particulièrement observé chez les adolescents. Si l’on traduit le terme, il désigne tout simplement le fait d’avoir peur de manquer quelque chose, et c’est pour cela que la connexion à nos réseaux sociaux préférés se fait de façon systématique. Cela explique aussi pourquoi nous nous sentons pressé·es d’aller consulter une notification lorsqu’elle s’affiche dans l’application ou sur notre smartphone.

Les stories, c’est le format sur lequel les utilisateurs de Facebook, Instagram, Snapchat, et probablement bientôt LinkedIn publient des messages qui ne sont disponibles à la consultation que pendant 24 heures. Vous l’aurez compris, les stories accentuent également le phénomène du FOMO, les utilisateurs ayant une chance de manquer l’information si elle n’est pas consultée dans la journée. Un constat d’autant plus impressionnant lorsqu’on sait que les stories Instagram réunissent 500 millions d’utilisateurs quotidiens.

Le besoin de relation

Si on parle de réseaux qui sont sociaux, ce n’est pas pour rien. Facebook, Instagram, Twitter, Facebook et les autres plateformes ont bien été pensées pour mettre des individus en relation, que ce soit de façon personnelle, professionnelle ou les deux.

Avoir un certain nombre d’abonnés sur Instagram, rejoindre un groupe Facebook, développer son réseau sur LinkedIn, utiliser ou créer un hashtag sur Twitter : tout autant de façons de répondre à ce besoin d’inclusion et d’appartenance.

C’est aussi sur ce besoin que s’appuient tous les services de messagerie des réseaux sociaux (Messenger, Instagram Direct ou la messagerie LinkedIn). Aujourd’hui, ces outils vous préviennent lorsque vos amis sont disponibles, grâce à une pastille verte à côté de leur nom. Alors, vous pouvez les contacter et satisfaire votre besoin de relation.

Nous l’avons évoqué en introduction, si l’utilisation des réseaux sociaux permet de répondre à ces trois besoins fondamentaux, des études ont montré que certains utilisateurs ne se sentent pas pour autant heureux, en sécurité et peuvent se sentir isolé·es. Alors, comment avoir une approche plus mesurée, ou plus intelligente comme dirait Michel Abitteboul, des réseaux sociaux ? Jetons un oeil à la solution proposée par cet expert en communication et en neurosciences cognitives lors du Live 636.

3.SOLUTION.png

Comment se ré-éduquer à l’utilisation des réseaux sociaux ?

Avez-vous déjà entendu parler du MOTUS ? Non ? C’est normal, Michel Abitteboul a dégagé ce modèle spécialement pour nous et pour vous, après ses recherches sur le sujet des réseaux sociaux expliqués par les neurosciences.

Pour bien comprendre le MOTUS, nous allons l’appliquer à votre utilisation des réseaux sociaux, qu’elle soit personnelle ou professionnelle.

MOTUS.png

Moment : À quel moment allez-vous sur les réseaux sociaux ? Est-ce pendant que vous êtes en train de travailler ? Pendant que vous êtes dans les transports en commun ? Pendant que vous êtes avec des amis ?

Dans le contexte professionnel, si vous êtes en charge de l’animation de réseaux sociaux (qu’ils soient institutionnels ou individuels), la question se portera plutôt sur l’objet. Cependant, n’oubliez pas votre droit à la déconnexion et n’hésitez pas à utiliser des outils de programmation comme Swello pour limiter votre moment d’utilisation à vos horaires professionnels. Vous pouvez aussi utiliser le mode “Ne pas déranger” de votre smartphone pour ne plus recevoir de notifications après une certaine heure.

Objet : Pourquoi vous rendez-vous sur Facebook, Instagram, LinkedIn ou encore Twitter ? Vous souhaitez vous informer ? Envoyer un message à un ami ? Vous divertir ? Pour une utilisation professionnelle ? Ou est-ce seulement un réflexe ?

Dans votre utilisation professionnelle, vous êtes-vous rendu·e sur les réseaux sociaux alors que vous travailliez sur une tâche difficile ? Ou était-ce dans le cadre d’une mission qui concerne les réseaux sociaux ? Pour être sûr·e de faire une utilisation strictement professionnelle des réseaux sociaux, n’hésitez pas à vous créer des comptes professionnels (sur lesquels vous ajouterez à votre réseau vos relations pros). Cela vous permettra de continuer à alimenter des profils ou des pages sans être distrait·e par votre réseau plus personnel.

Temps : Avant d’ouvrir vos applications préférées, demandez-vous : combien de temps je m’accorde sur les réseaux sociaux ? Bien sûr, l’idée n’est pas de chronométrer votre utilisation, mais d’avoir une idée plus précise du temps que vous pouvez y consacrer. Pour rappel, Instagram et Facebook vous indiquent combien de temps vous avez passé sur leurs applications… et vous proposent aussi de limiter ce temps d’utilisation (plus d’informations dans cet article). Les neurosciences ont également montré que la dopamine est une molécule qui ralentirait les signaux cérébraux liés à la perception du temps, ce qui explique pourquoi vous pouvez parfois perdre la notion du temps quand vous êtes sur votre smartphone (source).

Dans le contexte professionnel, savez-vous combien de temps vous pouvez allouer aux réseaux sociaux dans votre semaine de travail ? Arrivez-vous à respecter ce temps imparti ? Publier et animer plusieurs réseaux sociaux peut sembler très chronophage si vous ne savez pas quoi publier, où publier… ou encore comment publier. Si c’est votre cas, discutons-en, nous pouvons vous accompagner sur ces questions !

Utilité : Est-ce que l’objet mentionné plus tôt a été atteint ? Avez-vous en effet réussi à vous divertir, apprendre quelque chose ?

Vous l’aurez compris, dans votre utilisation professionnelle, il s’agit de savoir si vous avez réussi à atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés. Avez-vous pu publier sur Twitter en temps voulu ? Réussi à développer votre réseau sur LinkedIn ? À interagir avec d’autres publications Instagram ? Cela nécessite bien sûr dans un premier temps de se fixer ces objectifs-là et d’être capable de pouvoir les mesurer au terme d’une période donnée.

Sensation : Comment vous sentez-vous après avoir été sur les réseaux sociaux ? C’est le dernier point du MOTUS mais le plus important. Leur utilisation est censée répondre aux besoins mentionnés plus tôt, et non constamment les alimenter.

Dans le contexte professionnel, n’hésitez pas à faire part de ces retours auprès de votre manager ou de votre RH si vous sentez que ce point doit être abordé.

Néanmoins, nous espérons qu’après ces conseils, vous pourrez adopter une nouvelle posture face à ces outils et à l’utilisation que vous pouvez en faire, que ce soit dans votre cadre professionnel ou personnel.

4.MAINTENANT.png

Le MOTUS est une méthodologie que nous vous conseillons d’appliquer à votre utilisation de Facebook, Instagram, LinkedIn ou encore Twitter, car l’approche pédagogique des réseaux sociaux est un parti pris fort de l’Agence 636. Cela se retrouve d’ailleurs dans notre mantra : l’empowerment, c’est-à-dire votre autonomisation.

Vous autonomiser sur les réseaux sociaux, c’est vous sensibiliser à leurs enjeux et opportunités, vous accompagner dans leur prise en main en vous permettant d’en adopter une approche professionnelle mais aussi rationnelle et réfléchie ; déployer une telle posture vous permettant enfin de propulser votre efficacité sur les réseaux sociaux.

Vous acculturer aux réseaux sociaux, mettre en place une stratégie de présence, vous former à leur utilisation professionnelle ou encore impliquer vos collaborateurs dans votre démarche : nous vous proposons un parcours d’autonomisation complet pour révéler votre potentiel sur les réseaux sociaux. On en parle ensemble ?

MOTUS.png

Illustration : Kevin Lau @klhrdesign